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L’enfant du cimetière

L’enfant du cimetière

Pierre Brulhet

 

Entre Walt Disney (celui du jeune Moogly du Livre de la jungle) et Tim Burton, Pierre Brulhet nous livre un récit à la fois burlesque, émouvant, coloré, et incroyablement vivant malgré la nature du lieu. Loin d’être inquiétants, les esprits se révèlent finalement être nos meilleurs amis.

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Quatrième de couverture :

 

L’enfant Yoann est abandonné tout petit dans la crypte d’un cimetière. Là il est recueilli puis élevé par les esprits du lieu. C’est que le cimetière fonctionne comme un véritable village, à l’abri du regard des vivants, géré par ses deux maires débonnaires Von Barton et Cornwill. Maintenant âgé de 12 ans, Yoann est mûr pour expérimenter toutes les facettes de la vie : l’amitié, l’amour, l’adversité. Jusqu’au jour où les vivants ont décidé de détruire une partie du cimetière. La petite communauté des esprits est en danger. Yoann et la jolie Ora, celle qu’il aime, prennent la tête de la révolte et vont oeuvrer de haute lutte pour protéger leur monde.

 

On en parle ici :

Les personnages sont attachants, l’écriture est simple et transparente. Cette lecture peut largement convenir aux enfants de 8-12 ans qui trouveront tous les sujets pouvant les préoccuper : amitié, amour, mort, abandon, orphelinat, adoption, magie… et des sujets plus poussés pouvant attirer un lectorat adulte...

Laëtitia sur La Confrérie de l'imaginaire.

 

Extrait :

 

 

1. UN BÉBÉ ABANDONNÉ


Une ombre furtive traversa la rue parsemée de flaques, souvenirs d’une pluie récente. Les nuages sombres cachaient une pleine lune qui se rapprochait inéluctablement des douze coups de minuit.

Une horloge sonna quelque part dans la ville endormie au moment où l’ombre escalada le mur du cimetière couvert de lierre. Le ciel se dégagea et la lune éblouit un instant le visage de la jeune femme. Elle se tenait baissée en haut du mur. Elle semblait terrorisée. Une épaisse cape la recouvrait entièrement et le capuchon lui cachait en partie ses longs cheveux noirs, brillants, qui dégringolaient en cascade sur ses joues pâles. Elle tenait quelque chose dans son bras, caché sous la cape. Brusquement, elle leva la tête quand le tonnerre gronda dans le lointain. Elle ne perdit pas un instant et descendit le mur en s’agrippant aux branches fatiguées d’un vieux chêne qui tombaient contre le mur. Ses pieds sentirent de gros graviers. Une avenue se dessinait devant elle. La jeune femme pressa le pas. De chaque côté se dressaient des tombes dont les stèles et les croix usées semblaient se courber sur son passage. Le vent souffla, emportant avec lui les feuilles d’automne qui dansaient en tourbillons mélancoliques. La pluie tomba à nouveau. La jeune femme grelottait. La pluie s’intensifia. Elle alla vite s’abriter sous un arbre posté entre deux tombes. Elle resta un temps sous ces branches, mais la pluie passait au travers et tout son corps tremblait. Elle serrait un peu plus fort contre son sein l’enfant qu’elle portait.

– Que vas-tu devenir ?

Sa voix était triste. Elle pleurait en silence.

– Il ne faut pas qu’ils te trouvent. Ici ils ne te verront pas.

Son visage devint dur. Elle reprit courage. Elle sortit de son abri de fortune et marcha au hasard parmi les tombes. Un miracle se produisit : non loin de là, elle distingua une sépulture isolée, en partie cachée par un bosquet d’arbres. L’entrée était fermée par une grille noire. Avec le vent, la grille grinçait et claquait contre le loquet. La jeune femme avança prudemment, craignant quelques vieilles superstitions. Elle poussa la grille. À l’intérieur régnait l’obscurité la plus totale. Elle inspecta l’endroit à tâtons. Il semblait en bon état. Des feuilles mortes sur le sol, que la jeune femme balaya d’un coup de main avant de poser délicatement son enfant. Elle le regarda dans le noir une dernière fois. Elle vit dans l’éclat de ses yeux un feu intérieur qui brûlait. Elle hésita puis se retourna et disparut.

 

ab

 

La nuit était bien avancée lorsqu’un drôle de personnage coiffé d’un grand chapeau marchait en regardant attentivement les tombes. Il était constamment courbé. Il avançait sans bruit, flottant presque. Sa main effleurait les épitaphes. Elle semblait parfois les traverser. Ses doigts s’emparèrent de trois roses noircies par le temps et il les contempla de ses yeux transparents.

– Bon sang, comme elles sont belles. Je devrais en tirer un bon prix.

L’étrange homme les fourra dans son sac à bandoulière et on vit au travers toutes sortes de fleurs mortuaires. Elles étaient toutes fanées. C’est ce qui les rendait si précieuses. Soudain, il leva la tête. Il crut entendre des pleurs.

– Hein ? Si c’est pas un nourrisson ça, je veux bien être encore pendu.

Il avançait presque en volant en direction des pleurs qui le guidèrent vers la sépulture de la famille Winston. Les Winston avaient déménagé du cimetière plus d’un an auparavant et n’avaient toujours pas trouvé repreneur de leur antique, mais au combien estimable caveau.

L’homme au chapeau arriva à l’entrée de la sépulture. Il entra et vit le bébé. Il y voyait comme en plein jour. Il fut estomaqué par ce qu’il avait découvert. Un « vivant » ici ! Comment cela était-il possible ?

– Les « Vivants » ne font pas ce genre de chose. C’est inhabituel.

Il prit l’enfant dans ses bras et sortit. Il ne pleuvait plus. Le nouveau-né avait cessé de pleurer. Il regarda ce petit être fragile et fut bouleversé de sentir contre lui ce corps chaud où la vie coulait dans ces rivières intérieures.

– Qui es-tu, toi ?

Il remarqua un bracelet accroché à son poignet. Il se pencha, car sa vue n’était pas très bonne.

– Yoann... Quel drôle de nom. Eh bien Yoann que viens-tu faire parmi nous ?

L’homme au chapeau se mit à rire aux éclats. Mais son rire tomba aussi vite qu’il commença. Il devint grave.

– On ne peut pas te garder ici. Ce serait de la folie.

Il regarda encore l’enfant qui lui fit un sourire amusé.

– Pas de décision hâtive. Il faut que j’en parle au fossoyeur. C’est mon ami. Il saura quoi faire.

Et il s’envola dans le ciel avec l’enfant, et tous deux disparurent derrière un bouleau blanc sous la pleine lune.

  • Prix : 12 euros
  • Nombre de pages : 140 - Broché
  • Langue : Français
  • ISBN 978-2-36151-004-6
  • Format : 14,8 x 21 cm
  • Collection : Roman Jeunesse

Panier  

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