L’Histoire :
A l’instigation du rusé écureuil Ratatok le Rouge, messager entre les Mondes, Gros Matou, un bon gros chat qui jusque-là écoulait des jours paisibles en compagnie de Petit Maître, se voit plongé entre les racines du vieux frêne du jardin. Lequel frêne se révèle être un arbre sacré dissimulant Malkut, un très ancien monde où règnent le merveilleux et d’étranges créatures éprises de liberté. Au début de ses longues pérégrinations Gros Matou se révèle à la fois pataud, maladroit et bien innocent. Mais, au contact de Griffes d’Acier, de Crocs Piquants ou du sage Grand Félin, il expérimentera (et le lecteur avec lui) une initiation, une ouverture à un nouveau monde. Bien sûr, tout n’est pas simple, et Gros Matou devra se méfier de tout, de lui-même bien sûr, de multiples embûches et surtout de son double maléfique, le chat aux yeux rouges.
On en parle ici :
psychovision.net
Extrait :
A quelques mètres de lui, une étendue d'eau claire, presque transparente. Gros Matou comprend mieux les raisons de ses difficultés à marcher: le sol comme les murs sont jonchés de cristaux, tous plus brillants les uns que les autres. Et la lumière...elle n'est pas blanche, mais se décompose en plusieurs couleurs au gré des cristaux qui se la renvoient et s'en amusent comme autant de rayons au travers d'un prisme, créant un immense arc-en-ciel qui vient se refléter dans l'eau. Gros Matou est émerveillé. Qui aurait pu croire que la terre puisse renfermer de si belles choses....
Il n'ose pas bouger et contemple le spectacle. La pierre qu'il foule, verte et luisante comme l'herbe après l'orage, prends la teinte fumée de la citrine en atteignant les parois ocres. C'est dans ces parois que courent ce qu'il avait pris pour de petits serpents bleutés et qui sont en fait une autre pierre opaline. Celle-ci plonge dans l'eau où ses teintes nacrées deviennent si blanches qu'elles en sont aveuglantes.
Maintenant que Gros Matou a compris pourquoi la lumière est aussi blanche, il voudrait bien savoir d'où elle vient. Il lève la tête. La vision qui s'offre à lui le laisse bouche bée. Il ne s'attendait pas à ça! Non. Gros Matou ne s'attendait pas à voir un soleil. D'ailleurs il ne s'attendait à rien. Mais dans son rien de chat il n'y avait pas ça.
Ce n'est pas un ciel. C'est un enchevêtrement de racines, dont quelques unes s'échappent ça et là, pendantes au dessus de l'eau.
« Elles bougent....murmure pour lui Gros Matou avec stupéfaction »
En effet. Elles pulsent. Régulièrement. Comme un cœur qui bat, ne peut s'empêcher de penser Gros Matou. Tout s'éclaire...le frêne respire et il en a la preuve.
Gros Matou est très impressionné par ce qu'il découvre. Le frêne respire, la terre vit et abrite en son sein des joyaux dont il ne soupçonnait pas l'existence il y a quelques heures.
La pureté de l'eau lui donne envie de s'en approcher. Qu'elle est belle. Son reflet lui apparaît, aussi net que dans un miroir humain. Il voit un vieux matou blanchissant aux moustaches encore collées par la résine. Il tend la patte et en effleure délicatement la surface de l'eau, puis ramène quelques gouttes sur sa tête et commence à se débarbouiller. Puis il se penche et s'abreuve. L'eau est fraîche et son goût n'a rien de commun avec l'eau de là-haut. Elle rappelle plus l'eau de pluie. Plus saine. La surface de l'étendue se trouble. Sous son museau, Gros Matou voit passer plusieurs petits poissons argentés. Quelques-uns s'arrêtent et dansent prêt du bord. Gros Matou attarde son regard sur leur ballet et se souvient brusquement qu'il a faim. C'est normal, il n'a pas eu ses croquettes du soir et son expédition dans les galeries lui a creusé l'estomac.
« Chic! Se dit-il. Je vais avoir du poisson pour dîner! En plus ceux-là sont particulièrement beaux, je vais jouer au peu avec avant de les manger! »
Il trempe sa patte dans leur direction et à son grand étonnement, les petits poissons viennent danser autour d'elle. Ils n'ont donc pas peur des chats? Ils n'en ont sûrement jamais vu.
Gros Matou déplace sa patte, les poissons la suivent. Il joue quelques instants et hop! Projette d'un petit coup sec un poisson sur le bord. Celui-ci se débat pendant que Gros Matou le renifle.
« Pourquoi m'as-tu sorti de l'eau ? gémit le poisson.
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Tu parles ?!
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Bien sûr que je parle! Tu parles bien toi!
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C'est vrai, mais on m'avait toujours dit que les poissons étaient différents.
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Nous ne sommes pas différents! C'est vous qui êtes différents! On n'a pas idée de vivre dans un endroit où on ne peut pas respirer!
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C'est un point de vue. Mais ça ne te dérange pas, toi, d'être mouillé en permanence?
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Mouillé ?
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Oui...je veux dire, dans l'eau.....
Le poisson n'a pas l'air de comprendre.
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Je suis chez moi dans l'eau. Vas-tu m'y remettre?
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Sûrement pas répond Gros Matou d'un ton péremptoire. J'ai faim et je vais te manger.
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Me manger? Mais je suis un être vivant, comme toi!
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Je le sais mais je suis un chat et les chats mangent les poissons.
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Ah bon? Mais pourquoi?
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Je n'en sais rien avoue Gros Matou. Mais c'est ainsi. Que manges-tu toi?
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Des graines, des insectes...
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Les insectes sont des êtres vivants comme toi!
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C'est vrai reconnaît le poisson. Mais pourquoi tiens-tu tant à me manger?
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Parce que j'ai faim, et que je mange toi ou l'un de tes compagnons, le goût sera sûrement le même.
Le petit poisson est attristé. La perspective d'être mangé ne le réjouit pas , mais celle de voir manger un autre membre de sa famille par un chat ne le réjouit pas plus.
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Comment fais-tu d'habitude?
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Et bien mon Petit Maître m'apporte une gamelle remplie de nourriture, faite exprès pour moi!
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Et cette nourriture, avec quoi est-elle faite?
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Alors j'ai des croquettes au poisson, au boeuf, au lapin, au...
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Donc indirectement c'est la même chose.
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Comment ça?
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Tous les jours, on tue des animaux pour te nourrir. La différence, c'est juste que ce n'est pas toi qui te salis les pattes. C'est tout fait, tu n'y penses plus. Et au lieu d'être reconnaissant envers la nature de ce qu'elle t'apporte, tu considères que c'est normal et que c'est un dû.
Gros Matou n'avait jamais considéré sa gamelle sous cet angle. Il regarde le petit poisson argenté qui ne se débat presque plus. Il commence à être peiné.
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Que devrais-je faire? Je ne peux tout de même pas me nourrir d'herbe, je vais être malade!
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Personne ne te demande d'être malade! Désormais, tu devras juste penser que d'autres animaux ont donné leur vie pour que tu puisses te nourrir, et en être reconnaissant. Tu sauras qu'il ne faut pas prendre une vie par gourmandise. Le promets-tu?
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Oui, je te le promets répond gravement Gros Matou.
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Si au moins ma mort est utile, tu peux me manger »